Q7Leader
Livre blanc · 2026

La culture de la performance

De la stratégie à l’exécution

Pourquoi les organisations n’exécutent pas ce qu’elles ont décidé, et ce que chacun (managers, RH, comité de direction) doit tenir pour que cela change.

Par
Frédéric Nolf

Ancien Global CHRO d’IBA · Animateur du podcast The HR Masterclass
Coach de dirigeants · Operating Partner chez Q7Leader

Complément du livre blanc « Le DRH par la preuve »

Sommaire

Un système peut donner l’illusion de la clarté (objectifs, priorités, feuilles de route) alors que la réalité du travail évolue ailleurs. À quel moment perd-on le fil ? C’est cette question qui est à l’origine de ce texte.

Le bonus et le burn-out

Il y a plusieurs années, alors que j’étais DRH, l’entreprise que je servais a vécu une année particulièrement difficile, une de ces années où, au niveau du groupe, presque rien ne s’est passé comme prévu. Et pourtant, au moment de faire le bilan des évaluations individuelles, un chiffre m’a arrêté net : la quasi-totalité des collaborateurs avait atteint, voire dépassé, ses objectifs personnels.

Intrigué, j’ai demandé à l’un d’entre eux pourquoi, au fond, on lui fixait des objectifs. Sa réponse a été un choc :

Pour que la RH puisse calculer mon bonus.

Je me souviens d’être resté silencieux un instant, en me demandant à quel moment nous avions perdu le fil : à quel moment un système censé aligner les efforts de chacun sur la réussite collective était devenu un exercice comptable, déconnecté de ce qui comptait vraiment pour l’entreprise.

La seconde situation m’a marqué différemment. Un collègue, croisé sur le parking, revenait travailler après plusieurs mois d’absence. Il m’a expliqué qu’il s’était effondré : un burnout. Il coordonnait un programme transverse impliquant plusieurs équipes et avait découvert, en cours de route, que des priorités avaient changé sans qu’on l’en informe : des chantiers dont il dépendait avaient été arrêtés, des décisions prises ailleurs sans jamais remonter jusqu’à lui.

On avance, mais on ne sait jamais vraiment si ce qu’on fait compte encore. On navigue à vue.

Ces deux situations, en apparence sans rapport, disent pourtant quelque chose de similaire : un système peut donner l’illusion de la clarté (objectifs, priorités, feuilles de route) alors que la réalité du travail évolue ailleurs.

Les symptômes qui ne trompent pas

L’absence d’une réelle culture de performance se reconnaît à quelques symptômes qui reviennent avec une constance troublante d’une organisation à l’autre. Avez-vous déjà reconnu, dans votre organisation, un ou plusieurs de ces signes ?

  • Certaines choses flottent, sans que personne ne se sente vraiment responsable de les faire avancer.
  • Les départements fonctionnent en silos, chacun optimisant son périmètre sans trop se soucier du reste.
  • On annonce des objectifs ambitieux et des plans d’action dont plus personne ne reparle une fois abandonnés.
  • Des problèmes connus de tous perdurent depuis des mois.
  • Des comportements qui contredisent frontalement les valeurs affichées sont tolérés.
  • On évite de prendre des risques, de peur d’y laisser son bonus.
  • Les objectifs se négocient (et leur évaluation aussi) et restent à peu près secrets d’un collègue à l’autre.
  • Des décisions importantes semblent traîner à se prendre.
  • Le haut management déplore que le middle management manque de tolérance à l’ambiguïté, sans se demander qui, en amont, produit cette ambiguïté.

Pris isolément, aucun de ces symptômes n’est dramatique. Leur récurrence révèle en revanche quelque chose d’essentiel : ce n’est généralement pas la mauvaise volonté qui est en cause, mais un dysfonctionnement systémique. Traiter chaque symptôme isolément ne fait que déplacer le problème : tant que la cause reste intacte, un autre symptôme apparaît ailleurs.

La discipline d’exécution

Qu’est-ce qui fait qu’une entreprise réussit ? Moins souvent qu’on ne le pense, la réponse tient dans la stratégie elle-même. Les dirigeants savent aujourd’hui que leurs difficultés proviennent moins de sa définition que de sa mise en œuvre.

La question d’avant

« Avons-nous la bonne stratégie ? »

La question de maintenant

« Pourquoi n’arrivons-nous pas à livrer ce que nous avons décidé ? »

C’est précisément cet écart entre décider et exécuter que la culture de la performance vient combler. Loin d’être un ensemble d’outils RH ou un discours de motivation, une culture de la performance est avant tout une discipline d’exécution continue, portée par une responsabilisation réelle.

Une culture ne se lit jamais dans le déclaratif (les valeurs affichées, les chartes, les slogans), mais dans l’action : les comportements que l’on observe au quotidien et les processus que l’on choisit de suivre ou de laisser filer.

Ce qu’une culture de performance n’est pas

Avant d’aller plus loin, il vaut la peine d’écarter quatre malentendus qui reviennent sans cesse dans les organisations que j’accompagne, parce qu’ils orientent, souvent sans qu’on s’en rende compte, des décisions entières.

  1. 01Ce n’est pas une charte de valeurs

    Gérer une culture ne consiste pas à définir puis à communiquer des valeurs. Ouvrez dix chartes différentes : vous y retrouverez presque toujours les mêmes mots (innovation, orientation client, respect, équipe, excellence, intégrité) dans un ordre différent. Ces mots ne sont pas faux. Ils ne sont simplement pas actionnables : personne ne change de comportement parce qu’un mot est affiché dans le hall d’entrée. Gérer une culture, c’est adopter des comportements et des processus qui opérationnalisent l’exécution de notre raison d’être, pas les décrire.

  1. 02Ce n’est pas davantage de pression ou de KPI

    Une culture de performance n’est pas non plus une question de dosage. Cette confusion est tentante, et coûteuse : plus les indicateurs se multiplient, plus chacun apprend à les optimiser localement, au détriment du résultat collectif. Ce qui distingue une organisation qui exécute n’est pas la quantité de pression exercée, mais la clarté des attentes, la qualité du suivi et la constance des comportements. La pression produit des pics, pas une performance durable.

  1. 03Ce n’est pas du « consequence management » plus sévère

    Lorsque j’étais DRH, nous avions travaillé avec le comité de direction sur ce thème, et un raccourci s’était vite installé dans nos discussions :

Culture de performanceConsequence managementÊtre plus sévèreLicencier plus rapidement

Ce raccourci n’est pas anodin : il traduit une lecture punitive de la performance. Heureusement, nous avons résisté à cette fausse évidence. La discipline d’exécution que décrit ce texte ne se mesure pas à la vitesse à laquelle on se sépare des personnes, mais à la constance avec laquelle on clarifie les attentes, on accompagne, on suit les engagements pris. Quand une séparation devient nécessaire, elle survient après un accompagnement réel, pas à sa place.

Une culture de performance élève les standards ; elle ne les brandit pas comme une menace.
  1. 04Ce n’est pas la carotte et le bâton

    Quand je demande à un parterre de managers ou de RH qui croit encore à la méthode de la carotte et du bâton, personne, ou presque, ne lève la main. Et pourtant, la plupart des dispositifs RH continuent, sans le vouloir, à la reproduire. Une culture de la performance n’exclut ni les sanctions ni les récompenses : ce sont des leviers réels, mais deux leviers parmi d’autres. Il s’agit avant tout de construire l’entreprise adulte, où l’on clarifie les attentes, donne du support, échange du feedback et reconnaît l’autre, bien davantage qu’on ne récompense ou qu’on ne punit.

En un coup d’œil

Ces malentendus écartés, ce document distingue deux préalables, puis les leviers de la culture de la performance selon qui les porte réellement dans l’organisation.

01
Les deux préalables

Le sponsoring du CEO et l’architecture organisationnelle, sans lesquels le reste ne prend pas.

02
Les managers, au quotidien

L’accountability et la clarté des attentes, la simplicité et la continuité du management.

03
Le système RH

Un système aligné et agile, un suivi rigoureux, la vigilance sur les incitants, le développement et l’allocation du talent.

04
Le CEO et le comité de direction

La robustesse des choix stratégiques, la concentration sur les rôles critiques et l’exemplarité du sommet.

01Deux préalables : le sponsoring et l’architecture

Sans ces deux conditions, aucun des leviers qui suivent ne prend réellement. Elles ne se délèguent pas.

D’abord et avant tout : le sponsoring du CEO

Rien de ce qui suit ne peut réellement prendre si le CEO n’en est pas lui-même le sponsor. Ce n’est pas une option parmi d’autres, ni une question de style de leadership : c’est une condition sine qua non.

Une fonction RH compétente, un process bien conçu et des managers de bonne volonté ne suffisent pas si le premier dirigeant ne considère pas lui-même que sa ressource la plus déterminante est humaine. Quand la gestion de la performance est vécue comme un exercice RH que l’on tolère plutôt qu’un sujet que l’on pilote, les meilleurs outils se réduisent à un rituel administratif.

Ensuite : une architecture qui permet d’exécuter

Avant de parler de comportements, il faut vérifier que l’organisation elle-même est conçue pour exécuter la stratégie actuelle, plutôt que de porter encore les traces d’une stratégie précédente.

Un arbitrage centralisé / décentralisé qui ne correspond plus aux besoins, une logique pays qui freine une logique de business unit (ou l’inverse) peut expliquer une bonne partie des difficultés d’exécution, indépendamment de toute question de culture ou de compétence individuelle. Se poser la question du design avant d’incriminer les personnes est une étape trop souvent sautée.

02Ce qui revient aux managers, au quotidien

L’accountability et la coopération. La simplicité et la continuité du management.

L’accountability et la coopération

Quand je pose la question à un CEO que j’accompagne : « si tu avais une baguette magique, qu’est-ce que tu changerais immédiatement dans ton entreprise ? », la réponse est presque toujours la même : l’accountability, souvent suivie de la collaboration. Dans les autres cas, c’est l’inverse. Rarement autre chose.

Ce n’est pas un hasard statistique. Ces deux mots reviennent parce qu’ils désignent l’endroit précis où la plupart des organisations perdent le fil : entre ce que chacun accomplit dans son coin et ce que l’entreprise doit livrer ensemble.

Le premier pilier est l’accountability entendue au sens le plus exigeant : que chacun se sente responsable de sa contribution aux résultats collectifs.

Le problème est rarement la mauvaise volonté. Il est plus insidieux : l’absence de lien entre performance individuelle et performance collective. Des collaborateurs atteignent leurs objectifs personnels pendant que l’entreprise rate les siens. Et dans cet interstice, personne ne se sent réellement comptable de l’écart.

Une accountability mal comprise peut produire un effet de silo : chacun défend son périmètre et ses chiffres. La véritable culture de la performance articule donc deux dimensions indissociables : responsabilité individuelle et coopération.

Cette responsabilité suppose aussi que les attentes aient été clairement posées. Un travers fréquent des dirigeants consiste à laisser de l’ambiguïté dans leurs décisions pour préserver de bonnes relations, en supposant que le niveau suivant « se débrouillera ». Cette ambiguïté déléguée diffuse l’incertitude à chaque échelon.

Un angle complémentaire · Patrick Lencioni

L’accountability découle d’un engagement réel, lui-même conditionné par la qualité du débat qui précède la décision. Une équipe qui n’a pas pu confronter ses points de vue ne s’engage jamais complètement : elle se soumet. L’accountability entre pairs ne peut émerger que si chacun a eu, en amont, une réelle voix au chapitre.

Le second pilier, la coopération, obéit à la même exigence : elle se travaille comme un ensemble de mécanismes concrets, pas comme un supplément d’âme.

Le modèle des « Leviers de la Coopération Robuste », développé par l’entreprise belge Viavectis, en identifie six, dont un seul constitue un préalable : un objectif commun, une vision partagée suffisamment ambitieuse, incarnée et co-construite pour donner du sens et aligner réellement les actions.

Les cinq autres leviers ne sont pas séquentiels : ils se construisent en continu, entre pairs, avant de pouvoir irriguer le reste de l’organisation.

Ces deux comportements ne se décrètent pas : ils se travaillent d’abord au sein du comité de direction, dont l’exemplarité conditionne tout le reste. Nous y revenons en partie 04.

La simplicité et la continuité du management

Un manager doit clarifier les attentes, soutenir dans la durée, donner du feedback et reconnaître le travail accompli. Rien de sophistiqué, mais un exercice continu, et non un entretien annuel. Cette évidence se heurte à une réalité documentée depuis longtemps.

10 %
des individus disposeraient d’un talent naturel pour le management.
83 %
des managers sont promus avant tout sur la base de leur expertise technique.
~70 %
de la variance dans l’engagement des équipes s’explique par la qualité du management.

Sources : recherche sur le talent managérial (10 % / 83 %) · Gallup pour la variance d’engagement (70 %).

Cela oblige à accompagner sérieusement les managers plutôt qu’à présumer que le rôle s’apprend seul.

C’est aussi ce qui rend le continuous performance management préférable à l’entretien annuel classique. Quand le seul moment consacré à la performance est un rendez-vous en fin d’année, il devient un événement redouté plutôt que l’aboutissement naturel d’un suivi continu. À l’inverse, un manager qui échange régulièrement avec son équipe transforme l’entretien formel en simple synthèse de ce qui a déjà été dit.

Le manager cesse d’être un contrôleur qui distribue une note pour devenir un coach présent tout au long de l’exécution.

La fonction RH gagne à opérer le même glissement : passer de gardienne du process à coach des managers.

Ce que le management emprunte aux métiers du soin

Cet accompagnement porte un nom dans d’autres métiers : la supervision. Thérapeutes, psychologues, coachs ou travailleurs sociaux complètent leur formation par des séances régulières où ils exposent leurs cas réels à des pairs ou à un superviseur expérimenté.

Le management des personnes n’est pas moins exigeant. C’est cette supervision, davantage qu’une succession de formations hors contexte, dont les managers ont besoin.

03Ce qui revient au système RH

Un système aligné et agile · Du diagnostic à l’action · La vigilance sur les incitants · Le développement et l’allocation du talent

Un système RH aligné, pas un univers parallèle

Un piège guette toute organisation qui formalise sa gestion de la performance : voir le système RH prendre vie propre et se déconnecter de la réalité du business. On dit vouloir de l’agilité, tout en figeant des objectifs individuels en début d’année comme si les priorités ne devaient plus bouger. Dans le pire des cas, le système censé soutenir la performance devient lui-même contre-productif.

  1. 01Au service de l’exécution collective

    Vérifier en permanence que les objectifs individuels, les rituels d’évaluation et les outils de suivi restent au service du résultat commun.

  2. 02La transparence de l’information

    Des équipes qui n’ont accès qu’à une vision partielle de la marche de l’entreprise perdent leur capacité à arbitrer intelligemment leurs priorités.

  3. 03Des processus qui évoluent

    Reconnaître que les processus RH eux-mêmes doivent bouger, plutôt que de les défendre parce qu’ils existent.

Dans un monde VUCA, corriger à la marge des processus hérités du passé ne suffit pas toujours : il faut parfois accepter de remettre le système à plat.

Du diagnostic à l’action : un système qui fait bouger les lignes

Gestion de la performance et évaluation de la performance ne sont pas la même chose. Il en va de même pour la gestion des talents : identifier une situation n’a de valeur que si cette identification permet d’agir.

Trop de talent reviews aboutissent encore à des matrices, des catégories ou des listes de noms qui donnent le sentiment d’avoir posé un diagnostic, mais changent finalement peu de choses. Quelques mois plus tard, les mêmes personnes se retrouvent souvent dans les mêmes cases, les mêmes situations difficiles sont toujours présentes et les actions décidées sont restées au stade de l’intention.

Cela commence par la qualité du diagnostic. Pour pouvoir agir ensemble, managers et RH doivent disposer d’un vocabulaire commun, assez simple pour être utilisé par tous, assez robuste pour objectiver les discussions. Il doit permettre de distinguer les situations qui appellent réellement une action :

  • Une personne dont le potentiel est sous-utilisé
  • Un collaborateur en difficulté dans son rôle
  • Un talent qu’il faut exposer à d’autres expériences
  • Une inadéquation entre une personne et son poste
  • Un risque de succession
  • Un rôle critique insuffisamment couvert

Ce vocabulaire commun ne supprime évidemment pas le jugement managérial. Il l’équipe. Il oblige à expliciter ce qui, autrement, resterait de l’ordre de l’impression.

Le diagnostic doit être suffisamment objectif et ancré dans la réalité pour être utile, mais surtout conçu dès le départ pour déboucher sur l’action. Un bon système ne se contente pas de décrire les talents : il aide les managers à identifier les situations dans lesquelles une intervention est nécessaire, à choisir une action adaptée et à en suivre la mise en œuvre dans le temps.

La talent review comme supervision collective

Une talent review ne devrait pas être seulement un moment où l’on évalue les personnes. En confrontant leurs diagnostics, les managers rendent visibles leurs propres raisonnements, leurs hésitations et parfois leurs angles morts. Les pairs peuvent challenger une lecture, partager une expérience similaire ou suggérer une autre manière d’agir. On ne parle pas seulement des personnes, on apprend collectivement à mieux les manager.

La technologie peut jouer ici un rôle déterminant, à condition de ne pas devenir une couche administrative supplémentaire. Elle doit soutenir cette discipline : structurer le vocabulaire commun, rendre visibles les situations nécessitant une action, faciliter le diagnostic, documenter les décisions et surtout permettre de revenir régulièrement sur les engagements pris.

La vigilance sur les incitants

Aucune réflexion sur la culture de la performance ne peut faire l’économie d’un regard critique sur la rémunération variable. La question est simple : qu’incentive-t-on réellement, et cela produit-il le comportement recherché ?

Beaucoup d’organisations n’ont d’ailleurs jamais vérifié si leur variable individuel modifie réellement les comportements ou s’il est simplement devenu une composante attendue de la rémunération.

Une exigence qui n’exclut pas l’attention aux personnes

Une culture de la performance ne s’oppose pas à une culture « people ». Une étude du McKinsey Global Institute publiée en 2023 sur près de 1 800 entreprises montre que les organisations combinant discipline de performance et investissement dans le capital humain surpassent durablement celles qui ne misent que sur l’un des deux axes.

Discipline de performance

Clarté, suivi, constance.

Capital humain

Développement, attention continue.

Les collaborateurs ne sont pas des champignons qu’on arroserait une fois avant de les laisser pousser seuls dans le noir. Le développement exige une attention continue.
Karim Boussebaa, CEO de Guerbet

Mais développer les personnes n’est qu’une moitié de l’équation. L’autre consiste à maximiser l’utilisation du talent déjà présent : un collaborateur compétent mal positionné ou sous-utilisé représente une perte de valeur.

04Ce qui revient au CEO et au comité de direction

La robustesse des choix stratégiques · Les rôles critiques · L’exemplarité du sommet

La robustesse, alliée de la performance dans la durée

Le biologiste Olivier Hamant observe que les systèmes vivants ne cherchent pas à maximiser en permanence un seul indicateur. Ils misent sur la robustesse : la capacité à rester stables malgré les perturbations grâce à des marges de manœuvre, de la redondance et de la diversité.

Cette idée ne s’oppose pas à la performance : elle en garantit la durabilité. Un système hyper-spécialisé et poussé au maximum de son rendement devient fragile. Transposée à l’entreprise, cette intuition éclaire le risque d’une performance de court terme obtenue en réduisant les marges de tolérance, la polyvalence ou le développement des personnes.

Des marges

De la marge de manœuvre plutôt qu’un rendement poussé au maximum.

De la redondance

Des rôles critiques doublés, capables d’absorber les chocs.

De la diversité

Des équipes qui ont développé plusieurs compétences.

Dans un monde VUCA, ce sont ces marges qui distinguent une performance qui dure d’une performance qui s’effondre à la première secousse.

Se concentrer sur les rôles critiques

Une culture de la performance concerne toute l’organisation, mais le top management doit porter une attention renforcée à un nombre restreint de rôles réellement critiques.

Ils ne se trouvent pas nécessairement en haut de l’organigramme : un expert technique, un gestionnaire de processus clé ou un chef d’équipe de terrain peut peser davantage dans l’exécution qu’un poste hiérarchiquement élevé.

  1. 01Identifier ces rôles

  2. 02Savoir qui les occupe

  3. 03Savoir ce qui fonctionne et ce qui coince

  4. 04Les suivre de très près

Les actions identifiées lors des talent reviews doivent être suivies avec la même discipline qu’un plan d’action commercial ou financier.

Une discipline qui prend une forme concrète

Dans la méthodologie Q7Leader que je déploie avec mes clients, chaque manager profile ses collaborateurs en quelques minutes, à travers un modèle fermé de sept questions qui installe un vocabulaire commun entre managers et RH.

Profiler
Sept questions, quelques minutes

Un modèle fermé qui installe un vocabulaire commun entre managers et RH.

Discuter
Les DOT meetings

Développement de l’Organisation et du Talent : des moments de co-développement et de supervision où les pairs aident chaque manager à transformer un diagnostic en action.

Décider
Un tracker, un responsable

Chaque action décidée est consignée avec un responsable identifié, le manager, et suivie par les HRBP.

Suivre
Jusqu’au bout

Sans ce suivi, le risque est le statu quo, la procrastination, ou des décisions prises trop unilatéralement.

Le système, construit sur le People Model Canvas de Reggy-Charles Degen, est délibérément prescriptif : il ne s’arrête pas au diagnostic, il pousse vers la décision. On passe ainsi de l’évaluation de la performance à son évolution.

Ce suivi est aussi une source de données sur l’organisation, sujet développé dans le livre blanc « DRH par la preuve ».

L’exemplarité du sommet

Les comportements observés au sommet ont tendance à se reproduire ailleurs dans le système, presque par mimétisme. Si les dirigeants prêtent une attention réelle et suivie aux sujets talent, les strates suivantes adoptent les mêmes réflexes. À l’inverse, si les membres du comité de direction protègent leur périmètre plutôt que le résultat collectif ou laissent leurs désaccords non résolus, il n’y a aucune raison que l’accountability et la coopération émergent ailleurs. On ne peut pas exiger d’une équipe ce qu’on ne pratique pas soi-même au sommet.

Le travail sur l’exemplarité du comité de direction implique donc souvent de vider des non-dits accumulés : des responsabilités mal définies, des décisions jamais complètement tranchées, des tensions tues pour préserver une harmonie de façade.

Cela suppose un minimum de sécurité psychologique au sommet. Tant que désaccords et erreurs ne peuvent y être nommés sans crainte, il est illusoire d’attendre des équipes qu’elles le fassent.

Faut-il l’annoncer ?

Faut-il annoncer une démarche de culture de la performance avec un grand narratif de transformation ? La tentation est grande, mais le risque aussi, pour deux raisons.

Le premier est le système immunitaire de l’organisation : une grande annonce active la méfiance de ceux qui ont déjà vu passer plusieurs vagues de communication sans lendemain. Le second est le décalage des attentes : elle crée un écart entre les attentes suscitées et des actions concrètes qui mettent du temps à devenir visibles.

Mieux vaut installer de nouvelles pratiques, les répéter et les rendre visibles que développer un narratif ambitieux autour d’elles.

Dire fait rire, bien faire fait taire.
André Dacier

En synthèse

L’exécution ne se décrète pas, elle se construit, à condition que chacun tienne sa part.

  1. 01Les managers

    Clarifient les attentes, stimulent l’accountability sans créer de silos et font du feedback et de la reconnaissance un réflexe continu.

  2. 02Le système RH

    Reste aligné sur la réalité du business, suit les plans d’action dans la durée, garde un regard critique sur les incitants et développe et alloue le talent avec la même rigueur que le capital.

  3. 03Le CEO et le comité de direction

    Construisent la robustesse nécessaire dans un monde VUCA, se concentrent sur les rôles critiques et incarnent par l’exemple ce qu’ils attendent des autres.

La culture, en définitive, se construit davantage dans l’exécution silencieuse et répétée que dans l’annonce, aussi tentante soit-elle.

L’auteur

Frédéric Nolf

Ancien Global CHRO d’IBA, animateur du podcast The HR Masterclass, coach de dirigeants et Operating Partner chez Q7Leader. Il accompagne CEO et comités de direction sur la culture de la performance et la gestion des talents.

Le framework, le logiciel et l’équipe de conseil qui font des RH une fonction stratégique.

49
pays où la méthodologie est déployée
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professionnels certifiés
90 %
de précision de profilage
3 mois
pour une implémentation type

Où votre organisation perd-elle le fil ?

Trente minutes suffisent pour poser un premier diagnostic honnête : ce qui a été décidé, ce qui est réellement exécuté, et l’écart entre les deux.

L’échange
Un appel de 30 minutes avec Frédéric Nolf
  • Vous décrivez votre contexte : stratégie, organisation, rôles critiques.
  • Nous identifions les deux ou trois endroits où l’exécution se perd.
  • Vous repartez avec des pistes concrètes.

Ce document circule librement. Si un passage vous a été utile, transmettez-le au dirigeant, au DRH ou au manager qu’il concerne.